Comprendre la crise financière

Cet article reprend les principales conclusions des débats tenus à l'EEP sur ce thème voici quelques semaines (voir article sur ce débat)

On entend beaucoup de choses concernant la crise financière, ses origines, ses responsables et son impact. Qu'en est-il exactement ? Le texte ci-dessous tente de faire le point.

  1. Les origines.

La crise financière est née avec la crise des "subprimes" à l'été 2007. A l'origine ce sont les banques américaines qui ont prêté de façon inconsidérée à des ménages non solvables pour financer l'achat de leur résidence principale. Toute personne qui en France a un jour emprunté auprès d'une banque pour financer ce type d'achat est en droit de s'étonner, compte-tenu des multiples vérifications que les banques effectuent pour s'assurer de la solvabilité de l'emprunteur. Mais aux USA la garantie est donnée par une hypothèque sur le bien acheté. En d'autres termes, il importe relativement peu que l'acheteur soit solvable, du moment que la banque peut récupérer son capital en revendant le bien si l'acheteur vient à faire défaut.

Le système fonctionne bien tant que le prix des logements se maintient. Mais s'il vient à chuter et si les défauts de remboursement deviennent trop fréquents, alors les banques se retrouvent avec des actifs sans valeur. C'est ce qui leur est arrivé lors de la crise des subprimes.

Ceci étant la question importante est de savoir pour quelle raison les défauts de paiement ont subitement augmenté aux USA et le prix de l'immobilier s'est effondré. Commençons par le prix de l'immobilier: les banques n'ont pas vocation à détenir un patrimoine important sous forme de résidences d'habitation. Par conséquent lorsqu'un ménage emprunteur vient à faire défaut, la banque remet sur le marché la maison ou l'appartement qu'elle vient de saisir. Mais si le nombre de ménages faisant défaut devient trop important, alors l'offre de biens sur le marché immobilier devient surabondante et le prix chute. On voit donc que la chute de l'immobilier résulte de l'augmentation des défauts de paiement des ménages emprunteurs. Reste à déterminer pour quelle raison les défauts  de paiement ont subitement augmenté. Il est peut-être encore un peu tôt pour y répondre. Mais on peut soupçonner que cela n'est pas étranger à la compression des salaires, liée à l'augmentation de la part de la valeur ajoutée qui revient au capital et à l'accroissement des inégalités qui en résulte. Trop endettés parce que trop mal payés les ménages américains auraient fini par ne plus être en mesure de rembourser leurs dettes.

  1. La contagion.

Beaucoup de gens n'ont pas cru au départ que la crise des subprimes pourrait dégénérer de la façon dont on l'observe aujourd'hui. La raison de cet aveuglement provient du fait que le marché des subprimes ne représente qu'une toute petite partie du marché financier aux USA, du moins avant le déclenchement de la crise. Ainsi, le marché des subprimes représentait voici un an environ 1000 milliards de dollars. Pour importante qu'elle soit, cette somme est très faible comparée à celle de la capitalisation boursière aux USA, 20000 milliards de dollars et plus encore lorsqu'on la compare à celle du patrimoine détenu par les américains, évalué à 60000 milliards de dollars.

Comment alors expliquer que la crise des subprimes ait pu entraîner la chute du système financier international ? En fait la réponse est assez simple: la crise actuelle est avant tout une crise de confiance.

Le processus de titrisation en est à l'origine. Dans ce processus les créances détenues par les banques sur les ménages emprunteurs ont été mélangées à d'autres créances puis revendues sur les marchés financiers. Le piquant de l'affaire est qu'en principe ce processus aurait dû contribuer à réduire les risques attachés à des prêts accordés à des personnes insolvables, puisque la titrisation conduit à mélanger ces prêts avec d'autres prêts a priori moins risqués. Cependant la titrisation présente des inconvénients qui se sont révélés redoutables. Premièrement, la possibilité de revendre les créances risquées à d'autres personnes permet à celui qui accorde le crédit de ne pas porter le risque. Cela n'incite évidemment pas à la prudence. Deuxièmement, la titrisation introduit de l'opacité dans le système, de sorte que les détenteurs de subprimes n'avaient pas toute l'information requise pour évaluer correctement le risque attaché au titre.

La véritable crise de confiance a été déclenchée lorsque la banque Lehman-Brothers a fait faillite. Tous les opérateurs sur les marchés financiers se sont alors dits que si cette banque pouvait faire faillite en raison de la crise des subprimes, alors toutes les banques pouvaient subir le même sort. Or, pour prêter aux ménages et aux entreprises les banques ont besoin de liquidités. Pour se les procurer elles choisissent généralement de les emprunter à une autre banque. C'est ainsi qu'en Europe 25% des créances des banques sont détenues sur d'autres banques. Mais si chaque banque se met à regarder les autres avec suspicion en se disant qu'elles pourraient disparaître d'une semaine à l'autre, alors plus aucune n'accepte de participer au refinancement de ses concurrentes. Le marché du crédit interbancaire disparaît alors. C'est ce que l'on appelle le « crédit crunch ». Pour réamorcer la pompe il est alors nécessaire de rétablir la confiance entre les opérateurs. C'est ce à quoi doit servir le plan adopté par l'Eurogroupe. L'Etat, en apportant sa garantie, devrait permettre aux banques de retrouver la confiance perdue.

La propagation de la crise a pu être accentuée par un certain nombre de mécanismes internes au système.

  • Tout d'abord les règles prudentielles imposées aux banques ont pu accélérer la crise en les contraignant à vendre coûte que coûte des actifs qui se dépréciaient;

  • Ensuite les régles de rémunération des traders et des organismes de contrôle ont pu conduire à l'adoption de comportements imprudents. En effet, les traders reçoivent des primes qui sont calculées en fonction du bénéfice de la banque à laquelle ils appartiennent. Ce bénéfice est déterminé à partir du produit net bancaire duquel on déduit, parmi d'autres choses, un montant de provisions pour les risques. Par ailleurs, les membres du back office, chargés de contrôler l'activité des traders ont des primes qui sont fixées en proportion de celle de ces derniers. Personne n'a donc intérêt à ce que les provisions pour les risques soient trop importantes, ce qui implique soit d'adopter des comportements prudents (mais a pour contrepartie des rémunérations moins importantes), soit de minimiser les risques en les déclarant moins importants qu'ils ne sont en réalité.

  1. Et maintenant ?

La crise va évidemment devenir tout autant « réelle » que « financière ». Comment allons-nous en sortir ? Une chose est sûre, l'isolement n'est pas une solution. L'économie française est trop imbriquée dans l'économie mondiale pour qu'il soit possible d'envisager des solutions strictement nationales. Seule une coordination des politiques économiques au niveau européen, voire mondial, permettra d'en sortir.

Politique monétaire: la politique monétaire de la zone euro est réglée par la BCE. Ses statuts prévoient qu'elle n'a pour seul objectif que de lutter contre l'inflation et pour seul instrument la fixation du taux d'intérêt directeur. Mais la crise a fragilisé cet édifice. D'une part, la crise des subprimes montre que les banques centrales doivent prendre en compte d'autres paramètres que le seul taux d'inflation si elles veulent éviter qu'une crise identique se reproduise dans quelques années. D'autre part, la présence du gouverneur de la BCE lors des réunions de l'eurogroupe marque un début de coordination entre les gouvernements des pays membres de la zone euro et la BCE, ce qui est une bonne nouvelle.

Politique budgétaire: celle-ci doit faire l'objet d'une coordination entre pays membres de l'UE si elle veut être efficace. Par ailleurs, il ne serait pas très efficace de soutenir la demande des ménages par des baisses d'impôts supplémentaires. En effet, en période d'incertitude, toute somme supplémentaire distribuée aux ménages de cette façon sera probablement épargnée et ne soutiendra pas l'activité. Il serait beaucoup plus efficace de mener une politique de grands travaux. Les projets ne manquent pas, tant il est important de préparer dès maintenant le passage de l'Europe à l'après pétrole et de prendre des mesures pour lutter contre le réchauffement climatique.



07/11/2008
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